Ma vie de polyphasique, deuxième

par Alexandre

Je ne sais pas trop si le sommeil polyphasique est une excellente chose, mais pour l’instant je poursuis.

Je veux me mettre à l’épreuve

Bilan d’une bonne semaine :

Je comptais me faire la filmographie de Woody Allen, mais je me suis endormi au bout de 20 minutes de Annie Hall. J’ai donc fait une pause et je me suis refait la première saison de Stargate SG1 (pour revoir mes bases en mythologie).

J’ai arrêté de regarder Secret Story pour regagner en street cred’ (en fait, c’est surtout dû au départ d’Ayem) et je regarde maintenant les documentaires sur France 5. C’est un peu chiant, mais quand on ne dort que 3 heures par jour, au bout d’un moment, on scotche sur “l’école de la forêt” des Orang-outans qu’une association essaie de sauver et de réintroduire dans son milieu naturel.

J’ai pris 6 kilos parce que je ne sais plus quand manger. Ou plutôt je me suis mis à manger EN PERMANENCE. Je me suis rendu compte que manger repoussait le sommeil, et du coup, je fais environ 6 repas par jour.

Je deviens de plus en plus performant au travail, car j’ai une espèce d’énergie de malade. Les gens pensent parfois que je leur crie dessus, mais je le fais avec tellement de sourires qu’ils me prennent juste pour un dingue.

Robert, enfin, s’il ne me soutient pas, a décidé de ne pas me pourrir. Je crois que ça finit par l’ennuyer de dormir toutes les nuits seul, et par conséquent, il vient plus souvent s’asseoir à côté de moi dans le canapé même quand je suis devant les Ch’tis à Ibiza.




Ma vie de polyphasique, première

par Alexandre

en fait pour l’instant, on va dire que je m’échauffe.

Hier matin, je ne me suis pas réveillé. Enfin, si, bien sûr, mais après 5h de sommeil au lieu de 1h30.

Alors aujourd’hui, quand j’ai essayé de faire la sieste en salle de pause au Sunbeam ou en rentrant à la maison, je n’ai pas pu.

J’ai donc installé hier soir 5 réveils différents à distances inégales du lit pour me réveiller à coup sûr à 3h du matin.

Un seul suffisait. Je me suis fait jeter hors de la chambre par un Robert pas content du tout “Que tu fasses tes conneries c’est ton problème, mais ne viens pas me faire chier avec” (il est légèrement soupe-au-lait avant son deuxième troisième décalitre de café).

Mais bon. J’étais quand même pas très frais. Je n’ai donc pas eu le courage de faire les 150 pompes et 400 abdos que j’avais prévus de faire, et à la place, j’ai regardé plusieurs épisodes des Filles d’à côté en mangeant du nutella.

Et là, j’attends.

Je n’ai jamais été aussi tellement impatient d’aller travailler tellement je m’ennuie, dans mon canapé, tout seul devant des rediffs, Robert toujours endormi.

Il faut que je me prévois des activités motivantes et agréables. Plus que ma liste qui inclue pour l’instant “récurrer la cuisine, la salle de bain”, “refaire la mise en page de mon site en un peu mieux en trifouillant le php, et le css” ou “lire un livre de Proust”.




Après plusieurs nuits blanches

par Alexandre

sur les Sims Social, je me suis rendu à l’évidence. Je ne peux pas tout mener de front.

SAUF si j’essaie le sommeil polyphasique.

Le sommeil polyphasique, ça correspond à dormir seulement un cycle d’une heure trente, et de compléter par des siestes d’une demie-heure toutes les 6 heures. Ce qui permet de rester éveillé 20 heures par jour.

Robert me traite de cinglé, mais quand je pense à tout ce que je vais pouvoir faire !!! (finir Final Fantasy 10, apprendre l’italien, lire des bouquins pour montrer à Robert que je suis plus intelligent qu’il ne le croit…).

Donc j’ai commencé aujourd’hui. Je dors de 3h30 à 5h du matin, et ensuite, je ne fais que des courtes siestes jusqu’à demain 3h du matin.

Souhaitez moi bonne chance !




Cherche partenaires de sport

par Alexandre

Il faut bien admettre que Robert a un physique de plus en plus avantageux.

Au début, moi non plus je n’y croyais pas trop. Avec son visage banal et ses premiers cheveux gris (pour l’énerver, je les compte à haute voix)…

Mais il y a quelques jours, je me suis rendu compte que les gens qui se retournent dans la rue, saisis par mon indicibles beauté, se retournent en fait sur lui et je suis -apparemment- devenu transparent.
Alors oui, il a des pectoraux de plus en plus dessinés (pour l’embêter, je le remercie parfois de se faire pousser les seins), et il porte des vêtements un peu serrés qui le mettent en valeur… Mais je ne pensais pas que les gens puissent être aussi superficiels.

Alors Barnabé m’a donné son opinion : “Mets toi au sport aussi”

J’ai dû faire à ce moment-là la même tête qu’un enfant devant la mort de la maman de Bambi. Incrédulité, tristesse, déni.
J’ai bien essayé de lui donner tous mes arguments anti-sport (c’est cher, ça fait transpirer, et c’est nul). Mais je n’eus d’autre choix que d’agréer. Il faut me mettre au sport.

Mais comment être sûr que je sois assidu ?

“Trouve-toi un partenaire de salle, c’est très commun”

“Mais ça fait pas un peu gay ?”

“MAIS TUUUU EEEES…(grande respiration) BIen trop charismatique pour que les gens puissent se poser la moindre question sur ta sexualité ! Voyons !” (en écrivant ces paroles, je commence à me dire qu’il s’est joué de moi)

Il a réfléchi, puis son regard s’est éclairé.

“Tu as un smart phone, je sais comment tu peux trouver des partenaires de sport. Il y a une application pour cela.”
“Ah bon ?”
“Oui, passe le moi”

“Tiens, je t’ai installé cette super application, elle s’appelle Grindr”

Effectivement, ça avait l’air d’être pleins de sportifs, avec des photos d’eux torse-nus et en maillots de bain, ou des moches qui auraient bien besoin de faire du sport. Et certains avaient l’air hyper-motivés parce qu’ils se disaient “CHO” dans leurs pseudos. Alors Barnabé m’a fait mettre une photo de moi. Et très vite j’ai eu pleins de messages.

J’ai bloqué les 2-3 qui étaient vieux et gros, d’office (je ne suis pas superficiel, je suis pragmatique. Je serai plus motivé pour le sport avec quelqu’un qui s’y connaît déjà) et j’ai répondu à un jeune homme de mon âge qui arborait un torse de mannequin.

C’est quand il m’a envoyé une photo de lui en é***tion en me demandant si je voulais l’avoir dans la bouche que j’ai compris que Barnabé m’avait raconté de la merde.

Barnabé, c’est vraiment un enculé !

 




Je suis dans le metro et c’est un peu dur dur

par Alexandre

Parce que je me suis mis aux Sims sur facebook, et que du coup, je ne me couche pas avant 4-5h du matin pour me lever à 8h.

J’ai donc les yeux explosés, vitreux et mon QI en prend un sacré coup car au bout de 3 heures de boulot, je commence à ne plus parler que par monosyllabes.

L’autre problème est Robert qui s’est rendu compte que j’attendais qu’il s’endorme pour me faufiler hors du lit et m’adonner à ma passion honteuse.

Je pense qu’il est aussi jaloux parce qu’il m’a surpris en train d’embrasser Bella (la bot du jeu qui permet de faire semblant d’avoir des amis quand on n’en a pas (mais maintenant j’en ai donc ça va)(et puis de toute façon, cette salope m’aguichait en se laissant embrasser, mais impossible d’aller plus loin… Quand je pense à tous les Sims qui doivent faire la machine à laver dans sa bouche, je me dis que j’ai facilement des milliers de salives différentes dans ma bouche virtuelle)(vivement ce soir que je rentre et que je puisse laver les dents de mon perso).




Les clients de Sunbeam sont un peu cons

par Alexandre

On a beau avoir un présentoir avec nos tailles de gobelets, eh ben les gens ils te demandent quand même “un café au lait en petit”…

Donc je les regarde avec condescendance “Chère madame, vous voulez dire un café LATTE, je suppose ?”

“c’est quoi ?”

“Un café,  allongé avec du lait à une température idéale”

“oui, oui, voilà, un café au lait” (grognasse)

(gueulant à mon collègue qui est en préparation à quelques dizaines de centimètres) “Fabrice ! Un latte en Extra Largo”

(Fabrice qui me gueule sa réponse comme un putois (on nous demande de hurler, je pense que l’on a l’air plus professionnels)) “Ca marche !!”

“Ah non non non, je le veux en petit mon café au lait, je vous ai dit !”

“Oui oui, ça fera 5,80 euros. PERSONNE SUIVANTE !”

“Non, je veux un petit café au lait, pas un extra large, je vous ai entendu le demander à votre collègue”

“Ecoutez madame, j’ai bien compris. Regardez juste ici, vous avez nos différentes tailles de gobelets. Le Extra-largo est le plus petit, les autres tailles au-dessus sont le giganto et le titano”

“Vous pouviez pas les appeler petit, moyen et grand ? C’est stupide !”

“… Oh vous savez, les gens comprennent très rapidement en général quand ils savent lire” (grand sourire)(ne jamais oublier le SBAM)

Je n’ai pas eu de pourboire.




Incompréhensions et étiquettes

par Alexandre

Quand il est revenu en France, la semaine dernière, j’étais trop content de retrouver Barnabé. Cela faisait plus d’un an qu’il était parti. A l’époque, Robert était juste mon coloc, j’étais prof, j’allais me marier avec Stéphanie… J’ai parfois du mal à me rentre compte à quel point ma vie a changé…

Barnabé est ma caution gay depuis plusieurs années (je l’avais connu à la fac). Celui qui écoute Mylène Farmer et te raconte des histoires de cul quand il y a des gens autour (le bus, la terrasse de café, l’ascenseur avec tes voisins, rien ni personne ne le met mal à l’aise). Du coup, hier, comme j’étais off, il est passé à la maison.

Le seul problème, c’est que les gays ont du mal à comprendre mon histoire, et il me l’a confirmé. Déjà, tu es soit gay, soit hétéro, mais la bissexualité est un concept qui les dérange.

Déjà, “Tu préfères forcément l’un ou l’autre, allez, avoue !”.

A cette injonction, si tu dis que tu préfères les hommes “donc tu es homosexuel, tu n’assumes juste pas complètement”.
Si au contraire tu dis que tu préfères les femmes, “c’est que tu es homosexuel, mais tu n’assumes pas du tout”.

Bon, en même temps, je veux pas me moquer, mais si tu es brun aux yeux bleus, si tu portes un vêtement de telle ou telle marque, si tu connais les noms des acteurs de Melrose Place, si tu es intelligent et mignon (comme moi), ou si tu fais du foot et que tu prends une douche ensuite, “il est homosexuel, il s’en rend juste pas encore compte” (oui, le simple fait de prendre une douche après le sport te rend homosexuel : si tu la prends dans une cabine individuelle, c’est parce que tu as peur d’avoir la gaule en matant, mais si tu la prends dans les douches collectives, c’est parce que tu aimes l’idée d’être nu et entouré de corps virils. Quand tu en écoutes certains (comme Barnabé), 100% des baisables sont des gays qui s’ignorent.

Du coup, maintenant il ne veut pas comprendre que je ne suis pas attiré par les hommes mais juste par Robert, pour une question de… de personnalité et de… oh, je sais pas, moi, c’est lui et puis c’est tout.
Sauf que j’ai passé l’après midi à subir un interrogatoire en règle :

(ah oui, Barnabé est très subtil, tu vas voir)

- Mais maintenant, tu te branles sur du porno gay ou hétéro ?
- Oh, mais ça te regarde pas, parle moi plutôt de ton voyage, tu m’as ramené des clopes ?
- Oui, oui, après. Ca t’a fait quelle impression quand tu l’as sucé pour la première fois ?
- Je ne t’écoute pas
- Tu l’as déjà sucé quand même ?
- Ca te regarde PAS, Barney, tu me saoules !
-Bon bon, pardon…
(3 minutes plus tard)
- Mais maintenant, t’es d’accord, les chattes, c’est dégueu, hein ?
- Bah non, pourquoi ?
- Tu préfères quoi ? Lêcher (***glisse ici la plupart des comparaisons possibles, il les as enchaînées***) ?
- Putain, c’est toi qui es dégueulasse !
- Excuse moi, je suis juste curieux. T’es devenu prude… Ou mal baisé…
- Mais non, mais j’ai pas forcément ENVIE d’étaler ma vie sexuelle devant toi ! Déjà que tu m’as fait chier pendant 3 ans à me faire avouer ma soit-disant homosexualité….
- Tu as raison, je devrais t’accepter tel que tu es… (pause) Au fait, tu as vu que M6 avait repassé High School Musical la semaine dernière ?
- OH OUAIS ! mais je bossais, j’ai pas pu regarder. Du coup, j’ai écouté le CD tous les soirs après le boulot.
- Tu sais toujours faire la choré, comme à l’époque ?
- Chuuuut… T’es con, je ne connaissais que quelques mouvements… (pause) … Mais j’ai réessayé avant hier, je me souviens encore des mouvements de TOUT le refrain !! (j’étais trop fier)
- ET TU VAS ENCORE ME SOUTENIR PENDANT COMBIEN DE TEMPS QUE TU N’ES PAS GAY, ALEXANDRE ????

quel connard ce Barnabé…




Avant hier, c’était donc ma première journée de travail

par Alexandre

J’avais donc rendez-vous à 9 h dans un bureau de l’Arche de la Défense. Logo de Sunbeam en grand dans l’entrée, photos de plants de café, de magasins-vitrine dans des endroits célèbres (New York, Hong Kong, Sarcelles…), et d’employés heureux.

Comme tout le monde est formé en même temps, j’étais dans un groupe avec un trentenaire embauché comme adjoint de direction également, et 6 ados de 18 à 21 ans.
La journée se déroulait selon un planning précis : historique de l’entreprise, présentation individuelles, atelier goûtage de café, et atelier hygiène. Puis, pause déjeuner, et l’après midi, présentation des axes de développement de la société, jeu de rôle sur le SBAM, et remise des uniformes.

Déjà, c’était trop cool, parce qu’on a eu plein de goodies : une casquette, 2 pin’s, et un jeu de 6 cartes postales. Mais bon, seriously ? Des pin’s et une casquette ? Sachant que la charte de couleurs de la chaîne est une dominante de bleu et de jaune, je me suis cru dans les années 80s (mais sans Début de Soirée, alors, bon, aucun intérêt)(mais j’ai quand même mis un des pin’s sur mon sac).

Ensuite, j’ai eu l’impression d’être pris pour un gamin de 7 ans. D’abord parce que le chargé de formation souriait comme une instit de maternelle, à dire “très bien !” à toutes les interventions, même quand c’était des bêtises; ensuite parce que l’âge mental était très très bas. Les jeunots étaient du niveau de mes anciens élèves “oh, ‘gro, c’est toi qu’as peté ? ‘tain ça schlingue rude, hahaha”).

Au moment des présentations individuelles, il fallait expliquer pourquoi on avait choisi de postuler chez Sunbeam. Véridique, cet exemple :

“bonjour, alors je m’appelle Jennifer, j’ai 19 ans, et j’ai choisi de postuler ici parce que je veux des sous, j’aime pas du tout le café, mais les fringues, et ça coûte cher quand on veut bien s’habiller”

Ce à quoi les réponses ont été de l’ordre du “ouaaais ! Du cash !”, “t’as trop le staïle”, “moi je prends ton 0-6 quand tu veux belgosse”…

Le vieux de trente ans et moi on était un peu médusé (enfin, moi j’étais médusé pour faire comme lui, parce que parfois, leurs remarques étaient drôles, mais comme je serai bientôt leur chef, il faut que je marque mon autorité par une attitude responsable hautaine).

Certains se sont même fait engueulés parce qu’ils envoyaient des textos pendant la formation. Quels blaireaux. Moi aussi je tweetais et je textais, mais je sais ne pas me faire prendre.

Ensuite on a eu droit à une vidéo où Becky la bactérie se plaisait à sauter de la poubelle à nos mains puis sur les aliments, mais elle mourrait dans d’atroces souffrances au contact du savon. La qualité de l’animation laissait vraiment à désirer, mais la musique sauvait l’ensemble (elle ressemblait un peu à ça)

Heureusement, on a pu aller se détendre avec nos tickets repas, et on est tous allé au Flunch (sic).

L’après midi fut une succession de vidéo avec des musiques joyeuses et des employés shootés à la morphine qui rendaient l’attraction Disney “It’s a small world” pour un spectacle aussi déprimant que l’enterrement de FX.

Sunbeam rend les clients heureux en leur injectant de la caféine à outrance, mais aussi les employés parce qu’il leur donne “du soleil même au travail”, et sans oublier les agriculteurs dans les pays pauvres, car grâce au 3% de commerce équitable pratiqué par Sunbeam, on permet à des familles entières de s’acheter assez de riz pour manger et on leur distribue des tee-shirts promotionnels (autant les employés extatiques, ça m’a fait soupirer, autant je trouve cela bien, ce rôle auprès des pauvres, et je me suis senti faire partie d’une bonne oeuvre, je vais gagner des points de karma. C’est cool)

Mais malgré tout, quelle idée j’ai eu de prendre un travail ? Il vaut mieux être entretenu que de devenir un beauf qui travaille, comme les autres, je ne vous dis que ça. (et je suis trop content que Ayem reste, au fait)




Divagations ou de la réalité du virtuel

par Alexandre

Sincèrement, je ne lis pas de blogs.
Il m’arrive de lire un article ou deux, parfois, au détour d’un lien aguicheur sur twitter, mais je ne lis pas de blogs.
C’est parce que je n’aime pas vraiment les blogueurs, je pense.
Je ne suis pas à un paradoxe près.
Mais les blogueurs m’ennuient.
Chasseurs de buzz à deux balles,
Photographes pourris,
Fascistes du bon goût culturel,
Chialeurs perpétuels,
Attention-whores,
Prostitués du mot-clé,
Ecrivains de seconde zone,
J’en passe et des meilleurs.

Je ne me considère pas comme meilleur,
Loin de là.
Bernique est un idiot qui écrit comme il parle.
Mal.

Mes relations réelles sont fortes;
Mes amis ne comprennent pas mon activité virtuelle.
Parfois je ne comprends pas moi même.

Je me suis rapproché de plusieurs personnes sur la toile, blogueurs ou utilisateurs de twitter alors que je ne les ai jamais rencontrés.
Je n’ai même pas l’excuse d’”internet comme barrière de protection”, car ceux qui m’ont rencontré savent que je suis autant barré et extraverti que sur le net.

Pourtant, il y a des personnes qui, par ce qu’ils nous apportent, même dans l’humour, nous donnent envie de partager plus.
Je l’ai vécu à travers certains mails de lecteurs qui m’ont parlé de leur vie, parce qu’ils avaient pu vivre des évènements similaires à ceux que je racontais, ou d’autres, qui à force d’échanges au second degré en sont venus à être plus personnels. Moi même, j’ai plusieurs personnes à qui je me suis ouvert parce que l’on avait le même sens de l’humour, et que c’est agréable de partager davantage. Même si l’on a d’autres personnes, déjà, dans le “réel”.

Et puis il y a ceux à qui l’ont ne parle jamais. ou très peu. Un commentaire un jour, sur l’un de leurs articles, une réponse timide à un tweet (parce que l’on ne sait pas exactement quelle tonalité avoir en 140 caractères sans avoir l’air d’être sans-gêne, intrusif, ou de rater un effet comique.

La Fille aux craies faisait parties de ces personnes-là pour moi. C’est elle qui m’avait découvert, il y a 2 ans, et m’avait fait un compliment, sur son blog, avec un lien. J’étais donc tombé sur ses articles.
A première vue, des écrits sur les mooncups ou la mamanterie, c’était à l’opposé de mes sujets d’intérêts (pis moi mes gamins, je leur foutrai des claques, si ils sont aussi bornés que moi, je n’aurai pas le choix)(notons qu’elle a écrit sur de nombreuses autres choses), et pourtant, elle réussit à me faire lire des articles entiers grâce à son humour et à son talent, ou par ses prises de positions qu’elle n’essayait pas de faire ingurgiter avec un entonnoir, mais qu’elle exposait sobrement, sans prétendre que les autres façons de penser étaient inférieures.

Je l’ai donc suivi sur twitter.
Pour être honnête, twitter, ça ne sert à rien, et il y a peu de personnes qui ne m’ennuient pas. Pourtant, la Fille aux craies est véritablement devenue une de mes indispensables.
C’est étrange à dire, car je ne lui ai quasiment jamais parlé. Ni sous mon compte Bernique, ni sous le réel. On ne se connaissait absolument pas. Mais en 140 caractères, elle a toujours réussi à me faire rire et à m’apporter une petite injection de bonne humeur.

On oublie beaucoup trop, aujourd’hui qu’il est plus important d’avoir quelqu’un qui nous fasse rire au bon moment plutôt que 25 personnes qui te plaignent sur un billet de blog ou un statut facebook. Je crois que c’est quelque chose que nous partagions. Le refus de se laisser aller à la “geignarderie” et au misérabilisme.

Ce n’est que ces deux dernières semaines que j’ai appris et compris que la Fille aux craies était malade et partait pour une greffe de poumons.
Et malgré que nous n’ayons jamais été proches, j’ai quand même, à plusieurs reprises, été rechercher des nouvelles sur les twitters de ses amis.

Et à plusieurs reprises, je me suis trouvé un peu bête. Quelle idée d’ainsi s’inquiéter pour une personne que tu ne connais pas ? Elle a de la famille, des amis, et même des connaissances virtuelles beaucoup plus proches ! De toute façon, tu t’inquiètes pour rien, dans quelques jours, tu reverras son avatar manga en allumant twitter, et tu la liras faire une petite vanne de come back.

Le seul problème, c’est que non. Et même si je ne vais pas prétendre avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, cela m’a fait, et me fait encore (sinon, je ne serais pas en train d’écrire) un petit pincement quelque part, dans cette zone entre les côtes.

Ce billet est probablement inutile, et va un peu à l’encontre de mes principes habituels : ne pas parler de choses sérieuses, ne pas faire dans le sentimental ou le larmoyant. Mais je ne savais pas comment rendre un peu hommage à cette jeune femme qui réussissait à m’arracher de grands sourires, aussi bien dans un RER que les jours de pluie.

L’auteur




Cet après midi, dans un bureau à La Défense

par Alexandre

“Bonjour Monsieur Bernique, Je me présente, je m’appelle Xavier, je suis le directeur régional de Sunbean (tu sais, c’est le marchand de cafés américains qui essaie de percer en France), et donc je vous ai demandé de venir parce que vous nous avez déposé une candidature intéressante. Alors, parlez moi un peu de vous.”

“Alors, j’ai 25 ans, je suis breton d’origine mais je suis à Paris depuis 7 ans, et je souhaiterais donc travailler avec vous”.

Je ne lui ai pas dit que j’avais fait de la figuration dans les séries AB, que j’avais été professeur stagiaire ou que j’avais été presque un an rescapé sur l’île de Lost, j’ai eu peur que cela ne fasse pas très crédible, alors j’ai récité le CV que j’avais inventé au moment de postuler.

- Vendeur sur les marchés à partir de mes 14 ans pour un vivier de crustacés (“c’était épuisant et très physique, mais je trouve que les jeunes d’aujourd’hui ne savent plus assez ce qu’est le véritable travail”)(je voulais donner une touche mélodramatique pour qu’il connecte sur un plan humain),
- serveur dans une crêperie pendant  3 ans en arrivant sur Paris (“pour ne pas rompre complètement avec mes origines”),
- puis la consécration, le Paninix Café, où après avoir travaillé pendant 6 mois (j’y suis resté 2 mois en vrai), j’avais été désigné comme adjoint de direction (j’étais payé au black pour 3 heures par jour), avec la supervision d’une équipe de 4 personnes (le Sri Lankais et le Vietnamien sans-papiers étaient très autonomes et c’est eux qui me donnaient des ordres, les cons), les plannings, les remises en banque, la monnaie, le comptage caisse, et le contrôle qualité des produits (hahaha, on utilisait 20% de nourriture avariée).

Xavier, la quarantaine, en costume impeccable se montra très impressionné.

“Donc, vous avez l’air plutôt volontaire, travailleur et expérimenté, et votre profil m’intéresse fortement. Aussi, je vais vous proposer un poste d’adjoint d’une de nos boutiques. Cela commencerait par une formation comme vendeur dans une de nos boutiques pendant 3 semaines, puis, pendant un mois, dans un  autre magasin, nous vous formerions au travail de management. Nous sommes une entreprise américaine, donc malgré toutes vos qualifications, tout le monde passe par ces formations internes, donc surtout, ne le voyez pas comme un manque de confiance en vos capacités.”

Tu penses bien que je n’allais pas protester. On me propose un boulot de cadre sans vérifier que mes références sont bidon…

 

J’ai donc accepté et je commence la semaine prochaine

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